Kamerhe démissionne et
Sarkozy arrive!
Analyse des dessous d'une «capitulation»
et de la face cachée d'une visite
- Par Honoré Ngbanda Nzambo-
Jamais visite d'un chef d'Etat français en République Démocratique du Congo n'a fait couler autant d'encre et de salive que celle que Nicolas Sarkozy a effectué dans notre pays ce jeudi 26 mars 2009. L'atmosphère tendue au sommet de l'Etat congolais avec la crise institutionnelle entre les deux premières personnalités de la République avait poussé certains observateurs politiques à espérer le report de ce voyage trop court du président français dans trois pays africains en moins de 48 heures. Mais le coup de théâtre auquel les Congolais ont assisté ce mercredi 25 mars, annonçant le dénouement «miraculeux» de cette crise congolaise qui avait atteint son apogée, mérite de retenir l'attention des opérateurs politiques de notre pays qui veulent encore bien se préoccuper de la direction dans laquelle les puissances extérieures veulent conduire la RDC et son peuple.
Le peuple congolais n'en croit pas ses oreilles. Car la veille de sa démission, Kamerhe venait de jeter le pavé dans la marre en écrivant au ministre des finances et au Président de la Cour des Comptes pour leur demander de diligenter une enquête sur la sortie frauduleuse de fonds effectuée le 19 mars 2009 à la banque centrale du Congo au profit de l'Assemblée nationale, sans qu'aucune autorité compétente de cette institution ne l'ait ordonnée ni moins encore réceptionnée. Pourtant, le Comptable publique principal de la Banque centrale a bel et bien décaissé 1.150 000 $ (un million cent cinquante mille dollars américains) sous le code comptable 0536. Mais seulement, personne au Parlement n'est au courant de cette opération.
Ou plutôt si ! Vital Kamerhe qui nage dans la même marre aux crocodiles avait été pleinement prévenu par ses antennes que c'est «son rival» (entendez «Joseph Kabila») qui a ordonné cette sortie de fonds pour financer l'opération de «soutien du moral des députés AMP» et autres en sa faveur. Et voilà que brusquement, mercredi 25 mars, alors que plus de quatre cents députés l'attendaient depuis 10 heures dans l'hémicycle pour la plénière, Kamerhe s'amène vers 13 heures seulement pour lâcher la bombe : « ...tout en vous remerciant pour avoir cru à l'action que nous avons menée ensemble ici dans notre institution, je vous prie de bien vouloir accepter ma démission sans débat ni vote» ! Explosion de joie dans les rangs des députés de la majorité présidentielle, stupeur dans le camp de l'opposition, et plus particulièrement dans le groupe des dissidents de l'AMP qui avait cru en Kamerhe et qui voient leur pilote sauter en parachute et les abandonner en plein ciel agité par la tempête!
Ce scénario rappelle étrangement le cas de Jean Pierre Bemba après la mascarade électorale de 2006. Un véritable remake. Au moment où la grande majorité du peuple congolais était suspendue à ses lèvres, attendant le mot d'ordre pour sauver la souveraineté et l'avenir de la RDC , l'ancien vice-président a plutôt fini par craquer sous le poids de la pression des puissantes Multinationales. Il l'a reconnu lui-même publiquement plus tard, avec une pointe de regret : «J'ai accepté l'inacceptable»!
Le cas de revirement spectaculaire de Kamerhe, s'il ressemble à celui de Jean Pierre Bemba, mérite cependant autant, si pas plus, de retenir l'attention de l'élite congolaise, toutes tendances politiques confondues. Et pour cause. La capitulation subite du président de l'Assemblée nationale qui a drainé derrière lui non seulement la majorité des élus du peuple, mais également l'espoir d'un peuple meurtri, humilié et désespéré, ce volte-face disais-je, intervient dans un environnement politique particulier, émaillés des faits et d'événements importants qui, mis ensemble chacun dans son contexte, révèlent l'accomplissement d'une phase importante du processus de balkanisation de notre pays et d'expropriation de notre peuple de ses richesses nationales. Tenez : le discours controversé du président Sarkozy devant le corps diplomatique en janvier dernier, sa courte visite de quelques heures à Kinshasa, maintenue malgré la forte tension au sommet des institutions politiques, la signature des accords dites de paix à Goma, dans lesquels «Kabila» et Kagamé décident officiellement le découpage du Kivu pour créer un espace réservé aux «rwandais d'origine» (tutsi et hutu confondus)..., autant d'indices éloquents qui sonnent le glas de la souveraineté et de l'unité de la RDC !
Pourquoi Kamerhe a-t-il capitulé si brusquement ?
Ce n'est certainement pas pour « sauver la démocratie » comme il essaie maladroitement de le faire avaler aux congolais. Car le combat de la «résistance» qu'il a menée depuis le bras de fer avec «Kabila» et ses faucons, c'était justement, comme il l'a clamé haut et fort, pour «sauver la démocratie». On ne peut donc pas affirmer une chose et son contraire à la fois! La raison de la capitulation de Vital Kamerhe tient en seul mot : la PRESSION ! La pression des intérêts des puissances financières qui dirigent ce monde. La pression des intérêts des puissants lobbies financiers occidentaux devant lesquelles les valeurs universelles de démocratie ne pèsent pas un gramme. La pression de la diplomatie occidentale qui ne prend en compte la démocratie en Afrique que lorsque celle-ci arrange leurs intérêts et ne compromet pas leurs pré-bandes dans ce vieux continent.
Comme en 2006 après les élections et avec l'appui de Louis Michel, «Kabila» s'est appuyé, une fois de plus, sur son meilleur levier, celui des intérêts occidentaux. Kamerhe a été ainsi placé devant un choix cornélien, comme Jean Pierre Bemba il y a trois ans: sa carrière ou la réussite de la visite de Sarkozy en RDC. Nous connaissons maintenant son choix. Mais pourquoi cette visite de Sarkozy est-elle si importante, au point de sacrifier à son autel le combat démocratique de tout un peuple réuni derrière une fraction importante des ses élus ? That's the question !
La face cachée de la visite de Nicolas Sarkozy
Gêné par la curiosité que les atermoiements et les tâtonnements des programmes que l'ambassade de France faisait aux autorités congolaises autour du séjour du président Sarkozy à Kinshasa, Monsieur Jacquemot, ambassadeur de France à Kinshasa, a cru trouver une dérobade en expliquant à la presse que la visite de son président en RDC avait pour but « d'exprimer son amitié au président Kabila »! Si ce n'était que pour cela, pourquoi Sarkozy que tout le monde sait très préoccupé par la crise financière internationale et par la grogne sociale en France insisterait-il autant pour effectuer la visite dans un pays en proie au sabordage des valeurs démocratiques par un dictateur que les organismes humanitaires des Droits de l'Homme ne cessent d'indexer publiquement? Non ! La raison de cette visite est ailleurs. Et c'est là que le bas blesse, parce qu'on ne le dit pas ouvertement !
Le choix des trois pays que Sakozy a décidé de visiter en coup de vent est révélateur de l'intérêt même de cette tournée africaine. Pour tout observateur averti, parmi les objectifs prioritaires de la France figure son ambition déclarée de faire partie du leadership mondial dans le domaine de l'énergie nucléaire pour pallier au déficit de l'énergie pétrolière que les pays industrialisés redoutent tant dans les décennies à venir. Mais en attendant, avant cette reconversion programmée, il faut s'assurer le contrôle des ressources énergétiques pétrolières actuelles. Voilà la raison du choix des trois pays retenus dans la tournée du président français: la République Démocratique du Congo, premier producteur mondial d'uranium, le Niger, troisième producteur d'uranium au monde et la République du Congo (Brazzaville), principal exportateur du pétrole vers la France.
Voilà pourquoi , parmi la flopée des chefs d'entreprise qui accompagnent Sarkozy en Afrique, figure en bonne place Madame Anne Lauvergeon, Présidente du directoire de la société AREVA, spécialisée dans l'énergie nucléaire. Cette dame d'affaires fut d'abord PDG de la COGEMA qui fut l'une des entités qui ont donné naissance à AREVA. Et la COGEMA , on le sait, importait et traitait l'uranium nigérien. Voilà le nerf de la guerre. Celui qui assure cette manne à la France est l'ami de la France. Peu importe son origine, son identité, son hostilité à installer et à respecter les valeurs démocratiques. Monsieur Charles Onana, journaliste d'enquête d'origine camerounaise (il n'a donc aucun intérêt à «intoxiquer» l'opinion), a fait dans une interview accordé au journal Le Potentiel une révélation de taille qui éclaire mon propos : il affirme avoir découvert, lors de ses enquêtes professionnelles, « une note restreinte rédigée après le sommet de l'Union Africaine à Libreville et envoyée à Javier Solana et à Louis Michel dans laquelle, il est clairement dit que le président Joseph Kabila serait disposé depuis 2005 à partager les ressources de la RDC avec le Rwanda » (je souligne) !C'est cela la raison cachée de la visite : prendre part au «partage du gâteau». C'est cela l'atout majeur à la base de la victoire de « Kabila » sur Kamerhe : la France de Sarkozy ne veut pas rater le grand rendez-vous historique où se joue le sort des industries françaises stratégiques de demain.
J'ai suivi l'adresse de Nicolas Sarkozy aux sénateurs congolais à Kinshasa ce jeudi 26 mars 2009. Après la bourde de janvier 2009, ses conseillers et «experts» d'Afrique ont mis dans sa bouche exactement ce que les Congolais voulaient entendre: la garantie du respect de leur souveraineté, l'amitié et l'appui de la France à la démocratie et à la paix ... et cetera. Mais le président français n'a pas pipé mot sur la volonté manifeste et les actes avérés des voisins de la RDC qui occupent déjà par la force, à travers des milices contrôlés par eux, une partie du territoire congolais et exploitent illégalement depuis des années ses richesses. Pas un mot sur l'infiltration des nos institutions, ni sur les pires violences qui continuent de se commettre impunément par les forces d'occupation.
Il exhorte seulement les Congolais à suivre l'exemple français avec leurs voisins allemands. Mais il oublie (une fois de plus) de préciser que ce n'est pas avec l'Allemagne d'Hitler que De Gaule a fait la paix! Mais avec les Allemands qui ont renié Hitler et se sont détourné de sa folie meurtrière. Car pour faire la paix, il faut être deux! Peu importe pour le président français, les Congolais n'ont qu'à accepter ses « vérités » décrétées ex-cathedra, du haut de son piédestal. Et pour faire avaler allègrement la pilule aux sénateurs congolais subjugués par son éloquence, Sarkozy lâche son joker : la victoire des Léopards au CHAN. Tonnerre d'applaudissement ! Rideau ! Et le tour est joué.
Les « Accords d'IHUSSI » ou l'accomplissement du rêve rwandais de Paul Kagamé!
Pendant que les Congolais sont distraits, occupés à applaudir Sarkozy et à ergoter sur l'issu du duel qui vient d'opposer Kamerhe à «Kabila», pendant que les uns sont en train de sabler le «sacre de l'amitié entre Joseph et Nicolas», tandis que les autres sont en train de méditer comment rallier le camp des «vainqueurs», peu de gens à Kinshasa ne prennent le temps de scruter un grand événement qui vient d'avoir lieu à Goma ce lundi 23 mars. Je v½ux parler de ces accords que d'aucuns appellent déjà «Accords d'IHUSSI», du nom de l'hôtel où les cérémonies ont eu lieu. Ces accords jettent le jalon de l'étape décisive de la balkanisation du Kivu en vue de l'occupation de sa partie économiquement stratégique par les populations d'origine rwandaise. Déjà en 2004, dans mon livre « Crimes organisés en Afrique centrale. Révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux » (Editions Duboiris), j'ai produit à l'annexe n°17 à la page 435, le rapport confidentiel, cacheté et dûment signé, de l'administrateur du Territoire de Minembwe, Monsieur Mugaza Ruseruka Théo.
Ce rapport fut adressé à Azarias Ruberwa le 20 février 2004, alors vice-président de la RDC à l'époque de la transition. Cette lettre expose clairement les objectifs poursuivis par nos voisins rwandais dans notre pays. Depuis la publication de ce document (parmi tant d'autres) en 2004 jusqu'à ce jour, ni son auteur, ni son destinataire n'ont osé contester son authenticité. Depuis 2004 jusqu'à ce jour, le Rwanda s'est battu ouvertement pour atteindre ces objectifs. Sous les yeux indifférents des congolais. Avec la complicité avérée de « Kabila ». Voici l'extrait principal du contenu de cette lettre :
« Suite aux lettres que nous vous avions écrites, vous informant que les points décidés pendant la réunion tenue à Minembwe le 24 décembre 2003 et à Kigali le 06 janvier 2004, nous vous signalons que nous sommes prêts à exécuter ces points. A savoir :
· L'installation du territoire de Minembwe dans la Province du Kivu,
· Imposer nos autorités partout dans la Province du Kivu ;
· Prendre le contrôle du Lac Tanganyika et du Lac Kivu ;
· Contrôler tous les minerais du Sud Kivu.
(« Crimes organisés en Afrique centrale », annexe n°17, p435)
Cinq ans après cette mise en garde, Kagamé et « Kabila » viennent de décider le découpage de la province convoitée du Nord Kivu, la restructuration de l'armée, de la Police nationale, des Services de renseignement et de sécurité, des entreprises publiques et même de l'administration publique pour faire la place aux nouveaux responsables «rwandophones» camouflés au sein du CNDP. Un grand chambardement est en vue dans les prochains jours où les « congolais d'origine rwandaise» occuperont des postes clés dans tous les secteurs de la vie nationale. Au nom de la paix.
La balkanisation de l'actuelle Province du Nord Kivu donnera naissance à deux nouvelles provinces : la « Province du Grand Nord » qui regroupera Beni et Butembo, et qui sera habitée en majorité par les autochtones babembe et banande, d'un côte et de l'autre côté, la « Province du Grand Sud » qui regroupera les zones de Masisi, Rutshuru, et Walikale et dont le chef lieu sera...Minembwe ! Relisez donc l'extrait de la lettre de l'administrateur Mugaza Ruseruka à Ruberwa. Vous comprendrez que la nouvelle province du Grand Sud sera habitée par 90% de population d'origine rwandaise, et qu'elle renferme la partie la plus riche du sous-sol de l'actuel Province du Nord Kivu ! Monsieur Sarkozy qui affirme bien connaître la géopolitique de la Région des Grands Lacs ne nous le dira pas!
Nous ne le dirons jamais assez : nous ne sommes pas des xénophobes. Loin s'en faut ! Mais nous estimons qu'avant d'établir une coopération régionale, nous devons rétablir la vérité. Même si elle fait mal. Car les mêmes mensonges et hypocrisies risquent de produire cycliquement les mêmes effets. Nous voulons traiter et coopérer avec nos frères des neufs pays voisins sans complexes ni haine.
Mais nous ne pouvons pas accepter que nos voisins nous infiltrent et fassent mains basses sur nos richesses tout en violant nos femmes et en tuant nos enfants ! Et nos voisins ne nous respecteront pas si nous ne nous assumons pas nous-mêmes. Valablement. Et le monde d'aujourd'hui ne respecte que les riches et les forts. Or, nous avons des richesses sans être riches, et nous avons une jeunesse forte et courageuse sans avoir une armée forte et dissuasive. Le Congolais n'est pas maître de son destin. Là est la véritable problématique de la RDC. Pas ailleurs !
Nous voulons et devons entretenir et développer la coopération avec nos partenaires économiques traditionnels en Occident. Mais nous demandons aux gouvernements d'Europe de traiter avec les vrais propriétaires des richesses du sol que sont les Congolais. L'exploitation sécurisée des richesses de la RDC ne peut s'effectuer à travers les réseaux mafieux de ses voisins, fussent-ils militairement plus fort pour l'instant. Car ce serait bâtir sur du sable mouvant !
Congolais !
La conjoncture de la visite de Monsieur Sarkozy nous interpelle tous! Car cette visite arrive au moment où notre voisin le Rwanda, avec la complicité de sa marionnette placée au sommet de nos institutions, passe à la phase fatidique de son plan d'annexion de la partie Est de notre territoire et de la prédation deses richesses. Ce n'est ni la France , ni la Belgique , ni les Etats-Unis qui viendront empêcher l'accomplissement de ce plan diabolique. Bien au contraire, les dirigeants de ces pays ne nous respecteront que lorsque nous sortirons de la torpeur pour nous assumer nous-mêmes. Les dirigeants des pays d'Amérique, Asie et d'Europe ont été élus par leurs peuples respectifs pour défendre les intérêts de leurs peuples. Il appartient à l'élite congolaise d'en faire autant.
A nous donc de jouer!